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Jean Baptiste Bokoto, itinéraire d’un écrivain engagé

Auteur à l’inspiration débordante, et d’une grande habilité, homme passionné pour les causes qui lui sont chères, Jean Baptiste Bokoto, “Abo” pour les amis, est également créateur de la startup “Allo Robert », fondateur de la société Africa Synergies et Chef de file du Mouvement Citoyen Cap 21.

«… Notre retard sur le plan du développement découle en grande partie du fait que nous n’avons pas su inventer un modèle qui soit le fruit de l’alliance entre les valeurs universelles occidentales et nos valeurs traditionnelles. …»
Jean Baptiste B.

L’allure discrète et le pas assuré, Jean Baptiste Bokoto est fidèle à l’impression que l’on a de lui.  Lorsqu’il nous rejoint au lieu de rendez-vous, son dernier ouvrage dans une main, il salue chaleureusement de l’autre et vous appelle d’emblée par votre prénom. Ce Juriste de formation au sourire franc qui nous fait face, et n’élude aucune question, fait preuve d’une simplicité qui ferait presque oublier que cet écrivain au succès raisonnable est également un ténor politique, avec un parcours qui a débuté très tôt sous les ors de la présidence au Congo, alors Zaïre, et qui s’est poursuivi dans de Grands Cabinets, avant d’assumer les fonctions d’Administrateur-Délégué Général d’une entreprise de l’Etat. Dans “Une histoire de violence, Je suis Charlie au Congo », un roman entre fiction et réalité, il dresse le portrait sans complaisances d’une société gangrenée par l’injustice et l’absence de liberté. Nous avons voulu percer le mystère de ce géostratège, adepte du rapport de force, car ne dit-on pas que “le livre est le miroir d’une vie ».

  • Votre roman “Une histoire de violence. Je suis Charlie au Congo” a deux thèmes principaux: l’amour et la survie. L’amour d’une femme et la survie d’un peuple pour sa liberté. Votre livre ajoute “c’est le citoyen lambda qui lutte au quotidien pour exister dans un environnement hostile”. Jean-Baptiste Bokoto serait-il un idéaliste?

Je pense être un « idéaliste » (rire).  Je suis à la recherche de ce qui n’existe pas.  Mais que veut dire être « idéaliste » ? Si c’est vouloir que le monde soit, ce que nous voudrions qu’il soit . Alors, oui, j’assume parfaitement ma part d’idéalisme. Et ce n’est pas une utopie. Je rêve sans cesse d’un monde meilleur, plus beau. Je veux continuer de rêver, car c’est lorsque l’on arrête de rêver que l’on cesse d’agir !

  • Comment vous est venue l’idée d’écrire cet ouvrage?

L’élément primordial qui a joué dans mon envie d’écrire, c’est l’attentat de *Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. J’ai été très marqué par cet épisode. Et « Je suis Charlie » est devenu une sorte d’hymne aux victimes de l’intolérance. Cette violence  souvent « gratuite » et sous d’autres formes se vit au quotidien au Congo et ce, avec une ampleur inégalée depuis deux décennies. La Force du Congolais fait oublier cette violence, parce qu’il continue à vivre, à aimer, à rêver…

  • « Je suis Charlie au Congo », c’est l’histoire de Dago, un “chti du Congo”, son enfance à Bandalungwa, dans des conditions modeste. Il a vécu dans “une pièce austère de quatre mètres sur quatre, semblable à un dortoir”… Qu’est-ce qui vous a fasciné dans ce personnage? Qu’est-ce qui vous a inspiré ce personnage?

Les différentes étapes de sa vie sont fascinantes ! Son idylle avec Joufflie est faite d’anecdotes, d’un vécu drôle et touchant qui nous transportent dans le Zaïre des années Mobutu,  et nous montre un personnage à la fois sympathique, romantique, drôle et parfois lâche. La deuxième partie nous éclaire sur d’autres facettes de sa personnalité : la résilience, la détermination, c’est un personnage inspirant qui est prêt à  à risquer sa vie pour son pays. Ces deux aspects  intriguent.

  • Dans le chapitre de la révolution culturelle mobutienne, vous écrivez “Tout le monde n’a pas les mêmes chances dans la vie. Ceux qui sont nés avec un certain handicap économique doivent être soutenus. Ils ont besoin d’un ascenseur social.” C’est une véritable profession de foi, et là, est-ce que ce sont les paroles de l’écrivain ou du Chef de file d’un Mouvement Citoyen?

Les deux ! L’écrivain est un homme qui a une âme et des convictions. Diriger, c’est prendre soin de son peuple, l’encadrer pour qu’il ne soit plus retenu par le filet social.

  • Vous déclariez il y a peu: “Lorsque le pays est en danger, il est de notre devoir de patriote de participer à l’oeuvre de sauvetage national. Se lancer en politique est pour moi un acte de responsabilité”. Comment concrètement se traduit cet acte de responsabilité?

La situation actuelle en RDC dépasse l’entendement et tous enjeux partisans ! S’engager pour le sauvetage national devient ainsi un acte de responsabilité pour chaque citoyen. Cet engagement  consiste à évaluer chaque décision des pouvoirs publics, s’y opposer et développer le cas échéant des mécanismes de contre-pouvoirs au cas où ces décisions seraient illégales.

  • Au fil des pages, l’on découvre le rôle important que la Mère de votre héros a joué dans la construction de sa vie. Revenons sur cette conversation, où elle dit à son fils “Si tu veux devenir un Homme avec un grand H, il te faudra acquérir certaines valeurs. L’honnêteté: ne jamais prendre des choses qui ne t’appartiennent pas. La Justice: les gens riches ne devraient pas offrir des cadeaux aux magistrats pour avoir gain de cause”. N’est-ce pas là, le  résumé du drame de la RDC: la perte des valeurs fondamentales de la nation ?

 

Exactement ! La Crise de la RDC est grave car elle est d’abord morale. Le Congolais a perdu tout sens des valeurs. Or, le poisson commence toujours à pourrir par la tête. Il faut revenir aux fondamentaux, c’est le préalable nécessaire avant d’entamer la refondation. C’est le discours que nous tenons à Cap 21.

  • Vous êtes licencié en droit. La justice, c’est l’une de vos matières de prédilection. Pensez-vous que, de la période où se situe la trame de votre récit à ce jour, elle ait évolué au Congo?

La justice est le pilier par excellence d’un État de droit. C’est vrai qu’à l’époque, la justice était instrumentalisée et corrompue. Mais au moins, il y avait un corps avec des hommes et des femmes dévoués qui croyaient à un certain idéal. Aujourd’hui,la justice est non seulement devenue un instrument aux mains des puissants pour brimer les faibles, mais pire, il n’y a plus aucune éthique dans ce corps.

  • Jean-Baptiste Bokoto, vous venez de créer un Mouvement Citoyen, appelé Cap 21.  Pourquoi et surtout Cap 21, c’est quoi?

CAP 21  n’est pas un parti,  mais un mouvement qui a pour ambition la défense de nos acquis démocratiques. Au-delà de ça, c’est un collectif citoyen qui a pour vocation de susciter une prise de conscience du peuple congolais. Notre mouvement veut développer une idéologie de la responsabilité du citoyen, acteur de son propre changement au travers des mécanismes de contre-pouvoirs face à la nomenklatura.

  • Dans le chapitre « le Chti du Congo », alors que Dago lance un mouvement dénommé « Horizon 2000 », il déclare : « Le Congolais n’a pas appris à trouver des solutions aux problèmes récurrents de la vie, à créer, à innover». Jean -Baptiste Bokoto, comment innover lorsque l’on a le ventre vide?

Si les Occidentaux ont développé leurs pays, c’est parce qu’ils ont pu mettre leur génie au service du progrès. Face à la rigueur du climat et la rareté des ressources, ils ont inventé des mécanismes de survie. A la différence, et certainement à cause de l’abondance, nous nous sommes contentés de la cueillette et de la chasse. Peut-on vraiment parler de faim dans une région où l’on peut cultiver toutes les saisons?

  • “Je suis Charlie au Congo”, c’est aussi une histoire d’amour, la rencontre entre Dago  “Ya Za” et Joufflie. Une rencontre parfois aux faux airs de “Roméo et Juliette”. Pourquoi avoir voulu accorder tant de place dans votre récit à cette romance?

Il y a quelque chose à retenir. Nous sommes, pour la plupart, de la génération du siècle passé. Et ce siècle, même s’il a été marqué par des guerres et des violences, a aussi été un siècle de l’utopie, des grandes rencontres, des grandes espérances. C’est ce décor du “beau et du bien” que j’ai voulu planter dans ce livre.

  • Votre ouvrage fait la part belle à l’histoire du Congo, mais aussi à son patrimoine et à ses traditions. Était-ce important pour vous de faire connaître ce patrimoine au travers d’un roman?

Notre retard sur le plan du développement découle en grande partie du fait que nous n’avons pas su inventer un modèle qui soit le fruit de l’alliance entre les valeurs universelles occidentales et nos valeurs traditionnelles. Le succès des dragons d’Asie (Chine, Japon, Corée du Sud) provient de ce subtil dosage.

  • Ma toute dernière question et celle que lecteur se pose,  est-ce que Dago Zagabe, c’est vous?

Charlie au Congo n’est pas une autobiographie. Même si on retrouve ça et là plusieurs détails qui trouvent leur source dans la vie de l’auteur. Le personnage Dago a été inventé. Mais comme vous le devinez, un personnage n’est  jamais totalement loin de son auteur…

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Propos recueillis par M.Mputu

Photographe : Maxime Collin


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By |2018-11-29T15:10:37+00:00octobre 7th, 2017|Interviews|0 Comments