Pierre LOOS…Rencontre avec un découvreur d’arts premiers

Il est difficile d’imaginer nature plus modeste que celle de l’homme qui est à la tête de la galerie Ambre Congo (de Bruxelles). Nous avons rencontré « un découvreur d’arts premiers » !
Le monde est parfois rempli de présupposés à l’encontre de ces arts mal connus. Nous avons donc plaisir à vous proposer notre échange avec le marchand d’art Pierre Loos qui a travaillé entre autres, à dénoncer certains préjugés et à jeter un regard approprié sur les arts premiers.

Brany Boliya : Pierre Loos, vous êtes ce qu’on appelle un grand voyageur, vous avez sillonné un grand nombre d’endroits dans le monde, le plus souvent à la recherche des pièces d’art d’exception.Vous êtes donc marchand d’art et à ce titre vous avez fait entre 1980 et 1989 ; 32 voyages au Congo Kinshasa. Votre galerie « Ambre Congo » est-elle la résultante de cet épisode congolais?

Pierre Loos : Après deux années consacrées essentiellement à la recherche et la vente des parures ethnographiques en provenance de Kabylie (4 voyages). Je prends la direction du Moyen-Orient et de l’Asie de l’est ( Iran, Afghanistan, Inde, Népal, Thaïlande, Laos), je fais en tout 23 voyages. Une rencontre fortuite me met en relation avec un collectionneur belge vivant à Kinshasa qui m’offre une collaboration qui deviendra un partenariat pendant 10 ans. C’est ainsi que pendant 32 voyages de 5 semaines, je me mets à acheter au Congo essentiellement des objets ethnographiques tels que, des couteaux et de tissus Kuba, suivis très rapidement d’objets plus important dans le domaine de la sculpture (masques et fétiches). Le goût et le sens du commerce sont innés chez moi, au point de me faire arrêter au grand dam de mon père, des études de dentiste en plein début. Après 3 ans passées dans un stand au marché d’antiquité et de brocante de la place du sablon, je décidais d’ouvrir en 1974, la première galerie «Ambre » qui après mes voyages en 1980, prendra son nom définitif d’« Ambre Congo ».

Mon parcours d’antiquaire est classique mais il va prendre un autre essor en 1983 avec la création d’une dynamique de groupe lors de l’inauguration de ma grande galerie_ rue de minime 19. Cette dynamique grandira au cours du temps pour devenir une manifestation multi-nationale connue mondialement sous le nom de Bruneaf (Brussels Non European Art Fair) dont je resterai aux commandes pendant plus de 20 ans.

Mon père dentiste, fils et neveu de peintre belge, avait couvert les murs de ma maison natale de dizaine de tableaux au point d’en cacher la couleur des murs. Mon univers était donc une maison remplie des tableaux. N’ayant pas des moyens financiers énormes, mais imprégné par cet environnement familial, je décidais tout logiquement de commencer à collectionner des tableaux d’artistes congolais de 1926 à 1960 ainsi que des photos anciennes décrivant la vie de différentes tribus constituant cet immense pays qu’ est le Congo. À ce titre je publierais deux ouvrages sur les photographies à savoir : l’œuvre de Kazimir Zagourski « l’Afrique disparue » publié chez Skiar et « Congo itinéraire d’une passion » d’ Emile Muler publié chez Buch édition et 5 continents.

Grâce à l’extraordinaire travail de mon associé Thomas Bayet, nous sommes à la fin de la récolte d’informations sur la peinture congolaise de 1926 à 1960 qui permettra au travers d’un livre magistral de faire connaître fin 2018 cette collection reconnue comme l’une des plus importantes du monde, mais aussi donner à cette peinture congolaise qui commence à peine à être découverte, les lettres de noblesse qu’elle mérite.

Credits photo African mokeli magazine

B.B :Si comme le dit un écrivain: « dans l’absolu, un artiste contemporain travaille dans le relatif », pourriez-vous me dire ce qui anime le marchand d’art que vous êtes ?
 
P.L : Durant 50 ans de ma vie, ma profession a été, quand je me levais le matin, de trouver un moyen qui fasse que ma journée m’apporte du plaisir et du bonheur. Cela a été ma quête, le but principal de ma vie c’est-à-dire ; faire des choses qui me plaisent et qui me remplissent à la fois le corps et l’esprit, et accessoirement me permettre de vivre.
Comment m’y suis-je pris ? En partant, en allant très loin, en dehors de ma propre culture à la rencontre de celle des autres. Mais aussi et surtout en regardant avec un esprit ouvert et sans préjugé, ce qui pourrait plaire à des gens qui n’avaient que peu de notions de ces civilisations lointaines.
Mes critères d’achat furent la beauté, l’ancienneté mais surtout l’empreinte de l’usage. J’ai eu la chance très vite de rencontrer des clients qui partageant ma passion en achetant mes objets, m’ont permis de vivre et de continuer à progresser. Profitant lors de mes premiers voyages de l’engouement extraordinaire qui dans les années 1960 avait changé le regard des gens, au lendemain de ce festival de Woodstock où ceux qu’on appelait les hippies étaient couverts de parure ethnique, je suis donc allé récolter sur place ces bijoux ethniques, en choisissant des pièces anciennes traditionnelles qui à l’époque se vendaient au poids. Quand on sait que l’ancienneté et la patine sont des critères prisés par nos cultures européennes, le fait de rechercher in situ des objets anciens portés, fatigués par l’usage et parfois hérités depuis deux ou trois générations, permettait aux femmes qui les portaient d’en acheter des plus importants. Pour nous le volume importait peu, la beauté, la matière, le raffinement et l’usure étaient des critères importants.
 
B.B : Ambre Congo réunit des objets récoltés et venus de divers endroits du monde. En contemplant votre galerie ; je me pose la question sur ce mélange improbable de formes, de fonctions et d’origines . Était-il essentiel de marquer les esprits avec cette disposition d’objets ou y a-t-il une autre explication ?
 
P.L : La galerie Ambre Congo est une galerie d’art classique, un écrin d’objets choisis. Je n’y voyais pas de mise en valeur avec des palmiers, des bruits d’animaux ou d’odeurs de la savane. Très modestement mon but dans ce décor est de mettre en valeur les objets de façon à ce qu’ils puissent rentrer dans l’univers des gens qui vont peut-être les acheter c’est-à-dire l’appartement ou la maison, le musée ou la fondation, qu’elle soit en Europe en Amérique…et j’espère très bientôt en Afrique. Mais si vous voulez me parler de contexte, j’ai envie de vous dire que je ne suis pas un archéologue, et quelque part le fait qu’un objet sorte de son contexte n’enlève rien à sa beauté, je parle bien sûr d’objets mobiles et non pas d’éléments d’architecture.
Ils deviennent donc des émissaires de culture, des témoins matériels d’émotions et de rites. Et tout compte fait les meilleurs ambassadeurs anonymes des grandes civilisations.
Les mettre à l’abri des rivalités intestines (culturelles, politiques et religieuses), les préserver des dégâts du temps (intempéries et insectes) sont pour moi les meilleurs gages de leur sauvegarde. Ces objets rejoignent petit à petit ce qui deviendra j’en suis sûr, le musée de l’humanité, quelque soit leur endroit d’hébergement. Je ne doute pas que le moment venu, ils rejoindront à titre temporaire ou pourquoi pas définitif des musées nationaux quand ceux-ci offriront d’une façon stable et budgétisée, indépendante du pouvoir en place, la garantie de leur préservation.
Dites-vous bien une chose ! C’est parce qu’il y a des grands musées dans le monde occidental qui permettent de voir les objets des cultures ou des peuples lointains, que naissent chez ceux qui les ont regardés, l’envie d’aller voir ces cultures, de rencontrer les gens, voir la beauté des temples et des rituels.
Les meilleurs agences de voyages, les plus belles campagnes d’informations pour les pays lointains ne sont-il pas les œuvres d’arts. On sait bien que les objets qui sont arrivés en France essentiellement au début du XXe siècle ont donné naissance à des grands courants de peinture et de sculpture. Que ce soit pour Matisse, Picasso ou Braque, et bien d’autres encore, il est clair que les arts premiers, qu’on appelait à l’époque objet nègre (pardonnez-moi du terme car à l’origine il n’avait pas de connotation raciste) les ont inspirés tant dans leurs créations que dans la collection d’objets d’art premiers.
Ces objets sont donc bien des émissaires et je trouve que plus il y aura des objets venant d’ailleurs dans tous les pays, plus il y aura des ponts entre les mondes et les cultures. À l’époque où certains construisent des murs, moi je préfère construire des ponts.
( petit sourire de pierre Loos )
Interview de Pierre Loos – Exposition beauté Congo
B.B : Pierre Loos votre choix est forcement personnel, mais est-ce que vous pouvez dire, du point de vue de l’antiquaire et du collectionneur, que vos choix furent bons ?
 
P.L : Comment voulez-vous que je réponde à cette question sans paraître péremptoire ou prétentieux ! Écoutez, quand un restaurant ouvre, si ses choix et sa gestion sont mauvais, il ne tiendra pas six mois. Moi j’existe depuis 50 ans dans le métier, peut être cela veut-il dire que mes choix n’étaient pas si mauvais.
Maintenant quand je décide d’acheter un objet d’art, j’engage ma responsabilité, en fait j’y attache mon nom comme on parle d’un objet Ratton, d’un objet Epstein, d’un objet Felix et peut être parlera-t-on d’un objet Loos. Si celui qu’il achète vous communique quelques temps après que son plaisir persiste, je considère cela comme le plus beau remerciement…et cela prouve à suffisance qu’aucun des deux ne s’est trompé.
Modestement j’ai fait de mon mieux. Je laisserai quelques belles traces par les choix que j’ai faits. Quelques centaines d’objets passés dans mes mains se retrouvent en effet, dans des grandes collections et les plus grands musées du monde. Cela ne-veut-il pas dire qu’il y a de multiples chaînes de décision qui ont avalisé ces choix.
Étaient-ils bons? La seule chose que je puisse vous dire_c’est que la réponse se trouve dans le cœur de chacun, elle est certainement dans le mien, et si elle a pu se retrouver dans le cœur d’autres personnes, j’en suis ravi.
(Sourire)
 
B.B : On dit et lit beaucoup de choses sur ces arts dits primitifs, notamment sur le caractère symbolique de ces objets au pouvoir « magique ». Souvent on établit une analogie entre le pouvoir et l’objet. Vous qui avez été exactement dans ces pays d’origines qu’est-ce qu’il en est de ce facteur symbolique ?
 
P.L : Avant tout un fétiche est un relais matériel entre un culte, un pouvoir ou une cour de justice. Nous avons nous aussi nos fétiches qui s’appellent Jésus, Marie ou St Antoine et ils ne sont rien d’autre que des relais entre les dieux, les esprits, les croyances, les codes de vie et le fidèle.
Je crois devoir dire d’abord que j’ai très peu acheté d’objets aux propriétaires primordiaux. Cela veut dire aussi qu’il y a très peu d’objets qui proviennent de leurs lieux de création (in situ) et qui sont vendus à un marchand étranger de passage !
Et quelque part ce n’est pas une mauvaise chose parce qu’en général il y a dans les cultures et les civilisations des évolutions, qui font qu’avec le temps les objets se désacralisent, perdent du pouvoir, les rites et les besoins changent. C’est hélas ce qu’on appelle l’évolution. Et quelque part la « civilisation » avec tout ce qu’elle a de bon mais aussi de traumatisant va influencer le comportement des gens et leurs rapports avec les objets et leurs patrimoines.
Donc en ce qui me concerne, à part deux ou trois exceptions qui sont des très belles histoires personnelles, j’ai acheté la plus part de mes objets à des gens qui les vendaient mais qui n’en étaient pas les propriétaires originels. J’ai de ce fait essayé, quand j’étais sur place, de poser beaucoup de questions sur la signification, sur l’origine, sur l’époque… et vous pouvez me croire, je n’ai pas eu beaucoup de réponses. Vous devez vous rendre compte par exemple que quand un objet Songé ou Luba sort d’une tribu, le chemin qu’il y a entre le moment où l’objet quitte le nganga (sorcier), le clan ou la famille et celui où il arrive à rencontrer un marchand, il peut facilement se passer un, deux, trois, cinq ans et mille kilomètres.
Avec tous les dangers que comportent parfois ces voyages. C’est cela la réalité des choses ! Ce n’est pas comme en Belgique où des gens qui ont un patrimoine, soit mettent une annonce, emploient internet ou contactent un marchand.

Credits photo African mokeli magazine

B.B : Si je me mets à suivre votre logique ; il y aurait donc une espèce d’effacement des considérations symboliques dû au caractère compliqué du circuit de provenance de ces objets ?
 
P.L : Pas vraiment ! Il n’y a pas un effacement mais une perte d’information. Ce que j’explique n’est pas lié au moment de l’achat. Il faut savoir que depuis 35, 40 ans des fondations, des musées, des marchands, des collectionneurs ont investi énormément de temps, énormément de moyens pour essayer de rattraper des informations attachées aux objets avant que n’en disparaissent les dépositaires. Il y a cette belle et merveilleuse phrase d’ Amadou Hampâté Bâ qui a dit : quand un vieux sage meurt en Afrique, c’est une bibliothèque entière qui brûle ( je rajouterai dont personne n’a la copie). L’histoire évolue d’une façon non idéale et parfois dramatique !
On doit se dire une chose : ce que le monde est entrain de vivre ne va pas dans le sens de la préservation du patrimoine. Je ne vais pas vous parler de Palmyre ou du musée de Bagdad ou du pillage de celui de DUNDO (Angola) parce que cela me fait mal au cœur. Malheureusement on consacre plus d’argent à démolir les œuvres qu’à les conserver. Comment expliquer et justifier le fait de détruire en l’espace d’un an les sites millénaires qui avaient été préservés par tous les régimes qu’ils soient musulmans ou non !
Vous savez un musée où qu’il soit est l’expression d’une société qui va bien, parce qu’elle a suffisamment d’argent pour qu’au delà de l’essentiel indispensable à la société civile et l’administration, elle décide de consacrer une partie des ressources liées à l’impôt pour faire des sanctuaires dans lesquels on présente des objets pour le bien de l’humanité et de son patrimoine.
Un musée, c’est un lieu sacré mais fragile qui devrait être un sanctuaire mais qui ne vous rapporte pas de l’argent_et qui coûte très cher à la communauté. C’est à ce prix, au travers de l’éducation et de la culture, qu’on peut espérer apaiser les tensions du monde… C’est d’autant plus ingrat qu’après avoir décidé de faire le plus beau musée du monde, vous n’obtiendrez pas une voix de plus aux élections. Il n’y a que la notion de patrimoine de l’humanité qui sauvera les objets d’arts du monde. Et ce ne sont pas les prérogatives individuelles nationalistes revanchardes ou culpabilisantes qui vont changer quelque chose, croyez-moi !
 
B.B : Est-ce que le public est plus soucieux de saisir les structures sociales environnant les phénomènes culturels de création que vous présentez dans votre galerie ?
 
P.L : Il l’était jusqu’il y a une dizaine d’années. Malheureusement je dois reconnaître qu’il y a eu une modification complète dans l’habitude des gens…La civilisation de l’éphémère et du clic s’est installée. Il fût une époque où l’on ouvrait un livre et on allait dans une galerie, aujourd’hui on fait google, clic et on croit qu’on sait parce qu’on vous donne une réponse que vous ne vérifiez pas, qui est éphémère, qui vous satisfait au moment même et qui finalement ne laisse pas de trace.
Donc malheureusement il y a selon moi une perte d’intelligence et d’élégance chez une grosse partie des gens, entre autres les nouveaux collectionneurs.

Credits photo African mokeli magazine

B.B :Y a-t-il dans votre action, depuis toutes ces années, une nécessité extérieure à vous pour ne pas dire une nécessité historique, en tout cas quelque chose de l’ordre du colonialisme, du postcolonialisme ou de la mondialisation qui fait que vous vous sentiez obligé de réunir tous les éléments constitutifs disparates du colonisé pour les révéler autrement, en vertu de la bonne conscience occidentale?
Y a-t-il de telles motivations chez l’humaniste occidental que vous êtes ?
 
P.L : Non! Et ma réponse est d’autant plus simple pour moi car je n’ai aucun antécédent colonial dans ma famille, ni dans mes relations…donc quelque part je dirais que je suis tombé dans l’Afrique un peu par hasard. Et je vais vous expliquer comment.
Je ne vais pas refaire l’histoire, nous sommes en 2017, je ne travaille pas avec une quelconque culpabilité vis-à-vis de… J’aurais pu tomber amoureux de l’art espagnol ou indien. Donc mon travail n’est pas lié au passé colonial de la Belgique. D’abord l’approche que j’ai de ma profession de marchand d’art, c’est celle de vendre des bijoux de tribus du monde entier (Afrique du nord et Asie du sud-est) c’est comme cela que je rentre dans le cercle des collectionneurs d’objets d’arts premiers.
Au début je vends essentiellement aux femmes de collectionneurs qui viennent me voir accompagnées souvent de leurs maris, qui me demandent pourquoi je n’ai pas d’objets d’art. Nous sommes en 1974. Une rencontre fortuite fait que j’ai la possibilité d’aller au Congo (Kinshasa). J’y vais pour acheter des tissus (Kuba essentiellement) et en achetant des tissus, j’achète des objets Kuba.( des couteaux, des éléments qui rentrent dans les cérémonies, etc.). C’est l’époque de l’engouement pour les tissus, j’achète donc 10 000 velours SHOOWA anciens et 3 500 longs pagnes du Kasai. Ils sortent du pays à l’époque sans problème parce que les traditions étaient entrain de changer, parce que les gens ne s’habillaient plus avec des velours ou des pagnes en raphia, le troc disparaissait avec l’apparition du numéraire (l’argent) indispensable pour acheter des biens de consommation.
N’ayant pas d’argent, vendre des objets obsolètes était le moyen le plus simple pour s’en procurer. En achetant et revendant ces objets, je faisais découvrir au monde entier des noms jusqu’alors peu connus comme SHOOWA, KUBA, NTCHAKA… je serai au début des années 1990 remercié par Nymi (roi) des Bakuba pour avoir fait connaître le nom du royaume Bashi buschoong dans le monde.
Après cela comme j’avais mis le pieds à l’étrier, j’ai voulu faire du cheval. J’ai commencé à étudier et à acheter des objets importants.
Mais je n’ai pas le moindre sentiment de culpabilité !
 
B.B : Comment expliquez-vous la différence de valeur entre objets d’arts occidentaux et objets d’art africains ? Y a-t-il une logique qui détermine individuellement la valeur des objets africains sur le marché ?
 
P.L : Vous m’auriez posé la question il y a 25 ans, je vous aurais dit ne pas comprendre que des chefs-d’œuvre qui sont à l’origine de toutes les formes d’arts du monde, se retrouvent à des prix aussi ridiculement bas sur le marché.
Il se fait que depuis une dizaine d’années, les prix obtenus pour des objets importants, beaux, rares répertoriés grâce aux sources de documentations et aux échanges des fichiers, démontrent sans ambiguïté que le monde a enfin compris leurs importance. C’est ainsi qu’on commence à avoir des
objets sur le marché dont la valeur dépasse le million d’euro. Mais attention ils sont peu nombreux !
Mais c’est quoi la valeur intrinsèque d’un objet d’art ? Zéro !
Pour le plus beau masque du monde ou le plus beau fétiche du monde, je crois qu’on doit être autour de 10 millions d’euros pour un fétiche et 6 ou 7 millions d’euros pour un masque, la valeur intrinsèque du bois n’est même pas de 1 euro en matière première !
Le génie qui a sculpté, je dis bien le « génie », c’est-à-dire dans une société initiatique, l’artiste qui est arrivé à une telle maîtrise de sa technique de sculpture et de la force de sa création, ce sculpteur qui a grandi et qui a passé tous les stades de l’initiation pour arriver à être le sculpteur de renom au sein d’un clan et parfois au sein d’un royaume, va être sollicité comme le pape a sollicité Michel Ange ou Léonard de Vinci, pour faire des œuvres d’une importance cultuelle majeure. Et donc on arrive depuis quelques années à trouver pour ces objets qui ne sont jamais signés, la main d’un même maître.
En effet on est parvenu maintenant à trouver des critères permettant d’attribuer des suites de plusieurs objets appartenant à des musées ou des collectionneurs comme ayant été fait par le même sculpteur. On parlera du maître de Kasadi , du maître de Buli, etc.
Mais ce qui est important maintenant pour des grands objets du patrimoine africain, c’est que les prix commencent enfin à être à la hauteur de la beauté.
Collection Pierre Loos –  beauté Congo – Fondation Cartier

B.B : Est-ce que vous pensez que La manière dont on parle de l’Afrique et de l’art africain a véritablement changé depuis les années quatre-vingt-dix ?

P.L : Oui je le crois, parce qu’enfin les arts premiers se sont libérés de la chape de plomb en dessous de laquelle le colonialisme et le paternalisme bien pensant les avaient enfermés.

B.B : Est-ce que vous pouvez nous dire si l’authenticité des œuvres présentées à l’exposition « Beauté Congo » organisée par André Magnin il y a 2 ans (à la fondation Cartier), notamment pour la période des précurseurs (1926-1960), n’était-elle pas biaisée par une imagerie s’adaptant à la
demande d’une clientèle européenne ?

P.L : Je ne crois pas, pour ces premières œuvres les initiateurs belges comme Georges Thiry et Gaston Denys Perier qui leur proposent de faire ces dessins, ne leur donnent aucune instruction : « faite ce qui vous passe par la tête » disaient-il.
J’écris un livre passionné là-dessus depuis 20 ans, donc vous pouvez me croire !
À ce propos je sortirai l’ouvrage que je co-écris sur ce sujet d’ici 15 mois, donc sans botter en touche, je vous donne rendez-vous à très bientôt.

Credits photo African mokeli magazine

BRUNEAF
BRUNEAF
BRUssels Non European Art Fair is an event that occurs twice a year, in January and June, dedicated to old and selected tribal arts.

En savoir plus sur BRUNEAF


 

Galerie Ambre Congo
Galerie Ambre Congo
Adresse : Impasse Saint-Jacques 17,
1000 Bruxelles, Belgique
Téléphone : +32 2 511 16 62


Coming Soon


” Article 15 ” est un documentaire produit par African Mokeli Magazine cet été à Kinshasa


By |2019-01-17T17:13:50+00:00janvier 13th, 2019|Art, Interviews|0 Comments