Restitution d’oeuvres d’art africains ( Part. 1 )

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Aucun peuple ne pourrait vivre sans évaluer ses valeurs_ son patrimoine et sa culture, car en effet cela permet à un peuple, à un pays (à une nation) de se conserver.
C’est ainsi qu’on pourrait comprendre la volonté qui anime certains pays africains qui demandent la restitution de leurs patrimoines pris lors des colonisations européennes.

Rappel Historique


Le débat est vieux et il remonte aux indépendances africaines, à l’époque les jeunes états modernes veulent se forger des identités bien à elles, et qui correspondront à leurs caractéristiques culturelles.
Ainsi le besoin de lieux Culturels pour travailler à un souvenir collectif et à des traces historiques se fait sentir. Pour autant l’histoire des années 60 est marquée (hélas) par autre chose : « les luttes pour le pouvoir » qui ne laisseront que peu de place à ce débat.
Malgré tout en 1966 est organisé « le premier festival mondial d’art nègre » au Sénégal sur initiative de Léopold Sédar Senghor alors président de ce pays, cette année là, Léopold Sédar Senghor émet le vœux d’un musée des civilisations noires… 42 ans plus tard, soit aujourd’hui ( en 2018) est inauguré à Dakar le « Musée des Civilisation Noires »
Cet événement intervient à la fin d’une année qui a vu un débat crucial sur la restitution des œuvres d’art africains d’Europe vers les pays d’Afrique refaire médiatiquement surface.

Le débat vieux de plusieurs années a refait surface récemment lors de la demande de restitution des œuvres d’arts formulées par le Bénin. Une demande qui a sèchement été rejetée par le précédent gouvernement de la France avant d’être prise au sérieux par le président actuel, Emmanuel Macron, qui a diligenté un rapport qu’il a été livré récemment.

L’idée difficile de Macron


Il y a tout juste une année, Emmanuel Macron ( président Français) en visite à Ouagadougou (Burkina Faso) avançait l’idée d’un retour temporaire ou définitif des œuvres d’art africains dans les cinq ans à venir, qu’elles soient en France ou en Europe.

« Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France. Il y a des explications historique à cela, mais il n’y a pas de justification valable, durable et inconditionnelle. »

E.Macron

Le président de la république Française avait dit vouloir un partenariat scientifique, muséographique et des engagement d’État à État pour réaliser cette idée de restitution des œuvres d’art.

« Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou. Ce sera une de mes priorités »

E.Macron

Le débat (de fond)


C’est de bonne logique de regarder les choses telles qu’elles sont ; aujourd’hui encore, il est vrai que les pays d’Afrique sont loin derrière en terme de niveau de vie comparer à beaucoup d’autres pays d’Occident et d’Orient.
Mais il est vrai aussi qu’on ne doit pas s’évaluer comme s’évaluent ses voisins… Ainsi en matière d’Histoire de l’art, l’Afrique à clairement besoin de refaire le point car son art reflète aussi la richesse de l’histoire, de la philosophie, de la religion et des sociétés de ce vaste continent.

Si dans le monde occidental l’art africain a inspiré certains des courants les plus importants de l’art moderne (comme la peinture cubiste du début du XXe siècle), il a à contrario laissé un vide en Afrique car son histoire a été en quelque sorte institué par d’autres; c’est-à-dire que les arguments qui fondent la prise en main (à l’époque) par l’Européen du patrimoine africain, étaient tout simplement fallacieux ! En diabolisant le rôle des objets d’art ( statuette,…) par exemple, les missionnaires catholiques de l’époque coloniale ont explicitement influencé leurs propriétaires pour qu’ils s’en séparent.
Cela a entraîné un passage à vide terrible pour beaucoup de pays d’Afrique… mais l’Histoire est ce qu’elle est, malgré tout, on reconnaît aujourd’hui à travers l’esthétisme déroutant des œuvres d’art africains ; les valeurs humanistes des populations du sud du Sahara (par exemple), et on admire la puissance d’abstraction de cet art.

Ce débat sur le patrimoine africain (tradition artistique) porte sur la sculpture (statues et masques), l’architecture (habitations, greniers), les meubles, la poterie, le tissage et les bijoux. La parure corporelle, signe de distinction et de protection contre les mauvaises influences (peintures corporelles, coiffes et coiffures, scarifications et tatouages), les décors polychromes sur les habitations et les greniers, ainsi que les tissages… bref tout cela forme une part importante de la symbolique et de l’héritage artistiques du continent africain.
Les matériaux les plus courants dans ces patrimoines sont le bois, la fibre végétale, la peau animale, le métal (fer, bronze et or), l’ivoire, l’argile, la terre et la pierre. Les formes représentées dans chaque matériau varient d’un naturalisme relatif à un art totalement abstrait, les styles se conformant à la tradition esthétique de chaque zone culturelle (désert, savane ou forêt). Les œuvres d’art africains, reflet de la vision du monde visible et surtout invisible, est un art religieux qui porte une attention scrupuleuse à la préservation des formes traditionnelles.

La vérité aussi ! ( est mal en point )


Il est naturellement vrai que les œuvres d’art africains que nous voyons dans les musées n’ont plus grand-chose à voir avec les représentations pleines de vie d’ancêtres ou de génies tournoyant au milieu d’une foule dans un bruit de tambour et de sonnailles.

Il n’y a rien de moins «authentique » qu’un masque derrière une vitrine !

C’est pourquoi il est difficile d’avoir un seul point de vue sur ce débat, la vérité lui-même est mal en point car utilisée par tout le monde pour défendre toutes les positions (Europe-Afrique).
En 2017 lors d’une interview pour notre magazine, Pierre Loos, célèbre marchand d’art belge nous entretenait en ce terme à propos des objets d’art africain :

« …il y a très peu d’objets qui proviennent de leurs lieux de création (in situ) et qui sont vendus à un marchand étranger… en général il y a dans les cultures et les civilisations des évolutions, qui font qu’avec le temps les objets se désacralisent, perdent du pouvoir, les rites et les besoins changent. C’est hélas ce qu’on appelle l’évolution. Et quelque part la « civilisation » avec tout ce qu’elle a de bon mais aussi de traumatisant va influencer le comportement des gens et leurs rapports avec les objets et leurs patrimoines. »

P.Loos

En Europe beaucoup espère que cette question de restitution des œuvres africains doit se tempérer notamment au niveau des propositions radicales concernant le retour définitif.
L’un des arguments qui revient le plus à ce sujet s’accorde avec ce que Pierre Loos nous disait déjà lors de notre entretien dans sa gallérie Ambre Congo à Bruxelles :

« On doit se dire une chose : ce que le monde est entrain de vivre ne va pas dans le sens de la préservation du patrimoine. Je ne vais pas vous parler de Palmyre ou du musée de Bagdad ou du pillage de celui de DUNDO (Angola) (…) Vous savez un musée où qu’il soit est l’expression d’une société qui va bien, parce qu’elle a suffisamment d’argent pour qu’au delà de l’essentiel indispensable à la société civile et l’administration, elle décide de consacrer une partie des ressources liées à l’impôt pour faire des sanctuaires dans lesquels on présente des objets pour le bien de l’humanité et de son patrimoine.

Un musée, c’est un lieu sacré mais fragile qui devrait être un sanctuaire mais qui ne vous rapporte pas de l’argent_et qui coûte très cher à la communauté. »
P.Loos


Lire l’entretien avec Pierre Loos / Rencontre avec un découvreur d’arts premiers 


L’Afrique ne fait plus semblant


Loin d’être une volonté généralisée dans le continent, cette question de restitution est particulièrement le fer de lance des pays comme le Bénin, le Sénégal, le Burkina Faso qui ont été récemment rejoint par des pays tels que le Congo R.D.
Le Bénin, premier défenseur de cette cause, se montre virulent et systématique sur le dossier _en évoquant à chaque fois la spoliation coloniale qui est à l’origine des musées d’art africain en Europe. Pour les autorités béninoises le retour évidente de ces objets peut être un rappel positif dans
la reconnaissance des événements passés.
L’année 2018 a vu ce débat prendre une autre dimension dans l’espace médiatique (européen et française en particulier ) avec comme point d’orgue en cette fin d’année deux événements :
1. Le rapport final de l’étude sur la restitution du patrimoine africain_ qui était confiée à Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. ( par E.Macron )
2. L’inauguration et l’ouverture du Musée des Civilisations Noires à Dakar exclusivement financé par la Chine. ( Modèle de modernité en ce qui concerne la conservation de la chose patrimoniale en Afrique.)

Que nous réserve 2019 ?

By |2019-02-20T17:38:24+00:00janvier 18th, 2019|Art, News, Non classé|Commentaires fermés sur Restitution d’oeuvres d’art africains ( Part. 1 )